Cie Les Bacchantes

  p255_63945Clémentine Yelnik, Lear – Emmanuelle Laborit, Cordélia (Photo Antoine Abrieux)
« Au commencement il y a un désir, une irrépressible envie de faire naître de rien, un spectacle total. »

Une envie qui se ravive comme un appel et me pousse chaque fois à entreprendre un nouveau projet de mise en scène. Sans elle, impossible de mener quoi que ce soit à terme, sans elle, tout resterait virtuel, fantasmé…

Grâce à elle, à travers elle, je rassemble, propose, construit.

À partir du choix d’un texte, classique ou contemporain, je suscite différents niveaux de sens afin de concevoir un spectacle total.

Mon envie de théâtre, c’est un spectacle où différents langages vont se croiser, résonner ensembles, s’entremêler.

Chaque projet de la Cie part d’un texte qui est le matériau de base ; il devient un support et un prétexte à la création, un point de départ  pour développer d’autres résonances, dont le sens va être démultiplié par tous ces langages, comme la musique et la vidéo, qui viennent en contrepoint du jeux de l’ acteur pour parvenir à rendre l’émotion qui doit jaillir de ce chassé-croisé, de cet assemblage. J’ai une conception élargie du théâtre qui ne se limite pas aux jeux des acteurs dans un décor mais qui se veut aussi une rencontre des arts visuels et sonores prenant en compte des matériaux et des techniques d’aujourd’hui.

Je suis une chef d’équipe et mon rôle est donc de susciter et d’organiser une création à plusieurs ; réunir et faire travailler ensemble, plasticiens, danseurs, comédiens, compositeurs, musiciens, vidéastes. Je propose ma lecture du texte à d’autres artistes pour que cela devienne un spectacle plus vaste.

Depuis plus de 10 ans, je dirige cette Compagnie qui a sa création portait le nom de la Cie des Transports Amoureux, renommée récemment Cie  Les Bacchantes mettant ainsi en avant le combat permanent que je mène en tant que femme metteur en scène à chacune de mes créations pour faire valoir et faire connaître mon travail tout en assurant  à mon équipe des rémunérations décentes. À chacune de mes créations, dans un esprit de collaboration et de fidélité, je convoque un noyau d’artistes, créateur lumière, vidéo, costumière, décoratrice, comédiens avec lesquels j’aime à travailler. Ils sont le centre de l’équipe. Dans tous les spectacles que j’ai créé, ils ont été pour moi source d’inspiration et éléments déterminant d’une continuité et d’une cohérence artistique.

Pour ma première mise en scène, Andromaque de Racine s’était imposée à moi comme une évidence. J’y trouvais une fougue, une audace, un vertige au sein même de l’écriture, des jeunes héros au sang bouillant en prise à une danse macabre menée par l’imposante figure de la troyenne. Plus j’avançais dans le travail de répétition, plus l’écriture de Racine m’apparut comme étant le héros véritable. Je sentais qu’il était à lui seul le véhicule de l’émotion, le rythme de l’inconscient, celui qui donne naissance à la tragédie. J’invitai Pierre Sauvanet, docteur en philosophie, professeur d’esthétique et philosophie de l’art à l’Université de Bordeaux, auteur de plusieurs ouvrages et parallèlement percussionniste, à venir ponctuer le texte en contrepoint de l’alexandrin.

Le spectacle fut créé au Théâtre 95 où j’avais joué, quelques années auparavant, sous la direction de Joël Dragutin. Andromaque fut représentée ensuite au Théâtre Victor Hugo à Bagneux, puis au Théâtre de Vienne, à Grenoble, Saint-Priest puis Draguignan.

Shakespeare me permit de continuer mon travail d’exploration dans une écriture tout en cherchant la résonance que celle-ci pouvait encore avoir de nos jours. J’entrepris de traduire en langue des signes la totalité du texte du Roi Lear, d’en faire une adaptation et de confier le rôle de Cordélia à Emmanuele Laborit, afin de mieux comprendre ce que Lear avait tenté d’ignorer, « la vérité nue », que cette fille insoumise lui révèle. Je demandai à Jérôme Combier, jeune compositeur de talent, de créer une musique originale sur la totalité de la pièce, à Safy Nebbou, jeune rélisateur au parcours déjà très remarqué (il a obtenu le prix du meilleur scénario au 32e Festival international de cinéma du Caire pour L’Empreinte de L’Ange et a réalisé notamment « L’Autre Dumas »), de filmer des passages que je voulais projeter sur écran venant ainsi s’entrechoquer avec les acteurs sur le plateau, et à de Nicolas Simonin, grand complice de théâtre, de réaliser une création vidéo qui tissait une partition émotive.

Le spectacle inaugura le Théâtre de l’I.V.T (International Visual Theatre) en janvier 2007.

Pour la première fois en France, une tragédie de Shakespeare, réunissait langue des signes et langue parlée. Dès sa première représentation, K.Lear rencontra un réel succès auprès des publics sourd et entendant, ainsi qu’auprès de la presse nationale et internationale.

Le spectacle obtint  le soutien de la DRAC, d’ARCADI, de l’ADAMI et du JTN.

Il poursuivit sa tournée en Ile de France ; au Théâtre de Meaux, d’Aulnay, de Chaville, à Cergy, Versailles, Argenteuil, ou encore Sarcelles.

En août 2009, K.Lear fut le spectacle d’honneur de la 11ème édition du Festival des Arts de Taïpei. Marion Aldigheiri, réalisatrice et Gonzalo Arijon réalisateur du documentaire Les Naufragés des Andes qui obtint le prix Joris Ivens 2007 (l’un des prix les plus prestigieux du monde documentaire), ont suivi et filmé  K.Lear à Taïwan afin d’intégrer plusieurs extraits au sein d’un film intitulé provisoirement « Des yeux pour entendre / Combat des signes ».

Je décidais ensuite de rassembler de jeunes acteurs. C’est avec eux que je voulais explorer l’incroyable insolence de l’écriture d’un auteur qui rompit avec les codes de son époque et qui écrivit sans doute la pièce la plus célèbre de notre répertoire, Le Cid. Je les inscrivis dans un grand dépouillement scénique, afin de rendre au texte toute sa puissance dramatique. Nous partîmes le jouer à Bruges puis à Anvers dans le cadre de la Quinzaine  Française d’Anvers.  Il fut accueilli ensuite à la demande du public et de son directeur, deux saisons de suite, au Théâtre 95. En janvier 2010, il fut représenté au Théâtre Victor Hugo de Bagneux.

En octobre 2010, j’ouvrai la saison du Théâtre 95 avec Les Femmes Savantes de Molière mettant en avant le désir qu’ont ces femmes de s’instruire, elles qui rêvent d’une académie pour tous, pour toutes. En juin 2011, je dirigerai Esther mis en musique par Thierry Escaich, compositeur et organiste reconnu, dans le cadre du transfert des cendres de Racine en 1711 de Port-Royal à Paris.

Suivent Vertige (2012), Alter égaux (2013), Camille, Camille, Camille (2014), Et ma cendre sera plus chaude que leur vie (2015) – Tous ces projets sont détaillés dans la rubrique « Créations ».

Ces spectacles ont rassemblé plusieurs milliers de spectateurs et ont suscité un réel intérêt auprès de la profession et des institutions.